The Expanse : Monkeys and Microwaves

Salut, camarades mordu·e·s de science-fiction. J’aimerais parler d’une série que tout·e amateur·rice de ce genre riche et passionnant se doit, à mon sens, de connaître. Une série qui tranche avec la saturation de post-apocalyptique que l’on connaît depuis plusieurs années – bien qu’il en sorte parfois des perles, comme l’excellent Mad Max : Fury Road – et qui s’appuie sur des bases scientifiques solides, au croisement de la hard SF et du genre d’anticipation.

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de The Expanse.

The Expanse

The Expanse, c’est d’abord une série de livres, écrits conjointement entre 2011 et 2018 par Daniel Abraham et Ty Frank sous le pseudonyme James S. A. Corey. L’intrigue nous emporte plusieurs siècles dans le futur, l’humanité ayant commencé à coloniser l’ensemble du système solaire : La Terre, surpeuplée et ravagée par le réchauffement climatique, est unifiée politiquement sous l’égide de l’ONU, tandis que Mars est une puissance militaire indépendante. Entre les deux, les habitant·e·s de la « Ceinture », peuplant les nombreuses stations du système où l’air et l’eau sont à crédit, triment dans des conditions de vie effroyables, prolétariat corvéable à merci au service des intérêts des corporations et des états des deux planètes rivales.

Je ne vais pas me concentrer sur les livres ici, mais plutôt sur la série télévisée, diffusée depuis 2015 sur la chaîne Syfy. Après 3 saisons couvrant grosso-modo les 3 premiers tomes, la chaîne décide d’en stopper la diffusion en 2018, faute de financements. C’était compter sans une communauté de fans décidée à ne pas voir l’aventure s’arrêter si précocement : celle-ci monte une large campagne en ligne, #Savetheexpanse, et va jusqu’à louer un avion afin de faire voler leur bannière quelques heures au-dessus des locaux d’Amazon. Ils·elles finissent par capter l’attention de Jeff Bezos, qui décide de reprendre la série pour une quatrième saison, dans un acte de bonté désintéressée – et absolument pas car l’occasion procurerait à sa plate-forme vidéo une exclusivité en or.

Pourquoi cette série est-elle aussi importante ? Pour pas mal de raisons, en fait. Si je ne prétends pas être exhaustif dans cet article, j’aimerais en citer quelques-unes qui, je l’espère, attiseront votre intérêt.

The Expanse cast

Comme le présente en détail cet article pour les anglophones, The Expanse met la barre très haut en termes de mixité ethnique et de rôles forts féminins pour son casting. Elle reste en cela fidèle à la vision originelle des deux auteurs, qui ont collaboré très étroitement avec les producteurs de la série. En effet, pourquoi la colonisation spatiale serait-elle le seul apanage d’hommes blancs aux allures conquérantes, alors que, n’en déplaise aux identitaires et leurs fantasmes d’un futur à la Warhammer 40k, tout porte l’humanité vers un métissage de plus en plus accru ? Si cette idée s’impose peu à peu comme une évidence au sein de la littérature de science-fiction, sa traduction à l’écran constitue une autre paire de manches, le milieu du cinéma et des séries restant encore très largement blanc et masculin, et nécessite une attitude volontariste de la part des studios.

Or, si on observe en effet une grande diversité chez les nombreux personnages évoluant au cours du récit, ceux·celles-ci sont largement identifié·e·s en fonction de leur lieu d’origine, voire de leur classe sociale, sans que leur couleur de peau, leur genre où leur orientation sexuelle apparaissent comme des éléments déterminants. Ce futur n’est pas utopique pour autant, loin de là : les Ceinturien·ne·s, passant une bonne part de leur existence en gravité réduite, sont ainsi discriminé·e·s par les « Intérieur·e·s » pour leur physionomie peu robuste et leur apparence longiligne, et la situation de guerre froide entre la Terre et Mars donne lieu à un nationalisme exacerbé. Et c’est bien là tout l’intérêt de la science-fiction pour parler des oppressions : si les clivages n’ont pas disparu, ils ont été déplacés, au point d’en devenir méconnaissables selon nos critères actuels. Ils  sont construits à partir des réalités sociales et matérielles d’une humanité étendue à l’échelle du système solaire, de la même façon que nos catégories contemporaines du racisme, du sexisme où de l’homophobie sont le fruit des rapports de force qui sous-tendent nos sociétés capitalistes et patriarcales sur Terre.

La série s’inscrit aussi fermement dans le sillage de la hard SF dans le soin apporté aux détails des divers environnements qu’elle décrit. Entre une New York entourée de hautes digues afin de visualiser la montée des eaux, les différentes formes de génération artificielle de la gravité pour les vaisseaux et les stations, l’injection d’un fluide pour limiter les effets délétères de l’accélération sur le corps humain au cours des manœuvres spatiales, la diversité du système solaire présentée dans des scènes à couper le souffle, la·e spectateur·rice nourri·e aux canons du genre en aura pour son grade. Dans ce futur encore relativement proche de nous, aucune technologie employée par l’humanité ne sort en effet drastiquement du cadre de nos connaissances scientifiques actuelles, même si, sans rien divulgacher, le récit y amènera peu à peu des éléments plus exotiques et mystérieux.

The Expanse

Il y a bientôt 15 ans, Battlestar Galactica redonnait ses lettres de noblesses à la série de science-fiction. The Expanse reprend aujourd’hui ce flambeau, par son ampleur, sa beauté visuelle, et la richesse de son intrigue. Elle constitue de loin, avec sa consœur Black Mirror – qui fera certainement l’objet d’un autre article à l’occasion –, une des œuvres les plus importantes de cette dernière décennie pour le genre. On attend avec impatience la saison 4, qui devrait arriver d’ici 2019 !

Auteur : Taach'itus

Rennais depuis toujours, futur instit' en pédagogie Freinet, libertaire, et généralement très enthousiaste. Quand il n'est pas en train de valser en bal folk et en fest-noz, de passer son temps à refaire sa ludothèque Steam, ou de relire pour la 14ème fois la Horde du Contrevent de Damasio, il essaie d'arrêter de procrastiner et de s'atteler à ses idées de nouvelles - tout en se donnant bonne conscience en pillant régulièrement la bibliothèque des Champs Libres -.

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